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Affaire de Fitaro

par | Août 27, 2020 | Pole Culture | 18 commentaires

L’engouement autour du fitaro est palpable cette année, et pourrait presque nous faire oublier la pandémie du Coronavirus.

Ne faites pas semblant, c’est comme lorsqu’un « Baraka Den » achète un nouveau 4×4, ça circule partout sur Snap, IMO ou encore WhatsApp… En ce moment, il est question du fitaro. A notre agréable surprise, beaucoup agitent des billets verts sur les réseaux sociaux en chantant les louanges de leur marigui[1] « capables ».

[1] Le terme marigui est utilisé en Diakhanké pour désigner les cousins du côté maternel, de manière générale ce sont les enfants d’un Bayin (oncle maternel qui est soit un frère ou un cousin proche de la mère).

 

 

M’barinlou, l’affaire de Fitaro c’est du sérieux

Ainsi, je suis allé rendre visite à mes parents afin d’en savoir plus sur le sujet. Et bien sûr, le sujet du fitaro était au centre des discussions. Ma mère était toute fière de me montrer les tenues wax et bazins qu’elle avait obtenu en allant fita ses marigui. Cerise sur le gâteau (ou plutôt Djarato sur le fouté) elle est revenue avec un seau de Chicken Spot pour fêter cette belle tournée avec l’argent récolté.

Flairant le bon filon, je lui demandai s’il suffisait juste de balayer la maison de nos cousins pour avoir des cadeaux :

Bari i fana nté kou kalama, na fitaro gnin gué na keba lé la. Ni Djonbetto sita i sé tara kontoro la i barina, kha tara i marigui lou fita. I sé na loro ti, djé darro mainté doumou fé.

Tu n’es vraiment pas renseigné. D’après nos anciens, lors du mois de Mouharam, ils rendaient visite à leur famille maternelle pour aller fita leurs mariguis. Ils avaient pour habitude d’amener avec eux des présents tels que des morceaux de bois, de l’eau ou des denrées alimentaires.

Bari franssi na la kougna, nto lou sé djé lé samba, boisson nonté domou fé. 

Cependant, comme nous sommes en France, nous amenons de l’eau, des boissons ou de la nourriture.

Sséna ndon silé kha sougo gninlou fanan la kan “Mbarin na lo, mokho nté m’bayi la ! konko béna ! féto béna !”

Nous accompagnons ses cadeaux avec des chants indiquant que nous sommes chez notre famille maternelle et que personne ne pourra nous chasser. En insistant, que nous avons faim et que nous sommes dans le besoin.

Ni marigui lou boulo ma ga i ko fatakoulo, i la silo sé diya.

Enfin, si tes cousins maternels ne sont pas trop radins, cette visite sera un succès.

 

 

Avis aux novices du Diakhangaya

Soyez-donc rassurés. Il ne s’agit pas d’aller prendre le balai pour aller faire le ménage chez vos cousins maternels, mais plutôt d’effectuer une visite de courtoisie avec les présents mentionnés ci-dessus à l’occasion du nouvel an hégirien. Suite à cela, les cousins maternels se réunissent pour distribuer des cadeaux, et chacun d’entre eux contribue selon ses moyens pour offrir quelque chose en retour au visiteur.

Le fitaro est donc l’occasion de beaux moments de joie et de partage à l’approche de la nouvelle année.

Cette tradition n’est pas issue du Coran ou de la Sunna. Cependant, elle répond à une injonction fondamentale dans l’islam qui est l’entretien des liens de parenté. Le fitaro illustre également l’importance que les diakhankés accorde à leur barina (famille maternelle). Même si l’enfant porte le nom du père, la famille de la mère est souvent présente pour aider cette dernière ou ses enfants en cas de besoin. En effet, nos parents résument souvent cela avec la citation ci-dessous :

Nin den té faa-la a bé naa-la lé.

Si l’enfant n’est pas du côté de son père, il est du côté de sa mère.

 

Maintenant, entrons dans le vif du sujet car je vous vois déjà venir avec la fameuse question : quelle est donc la source de cette tradition ?

Ne vous inquiétez pas la Diakspora a fait ses recherches sur le sujet.

 

Une tradition Sarakhollé et Diakhanké

Extraits de l’ouvrage Al-kanz Al awfar (Le trésor le plus précieux) écrit par Elhadj Banfa Diaby de Touba :

 Il était coutume que chez les sarakhollés et diakhankés que les cousins paternels rendent visite à un cousin maternel à l’occasion du nouvel an de l’hégire.

Cette coutume a été établie par deux anciens habitants d’un village (sarakhollé et diakhanké). L’un deux était richissime et il reçut un jour la visite d’un de ses cousins maternels. Ce dernier était venu, à l’occasion du nouvel an, avec des morceaux de bois sur la tête qu’il déposa dans la cour de la maison. Il se mit alors à danser et à chanter jusqu’à ce que la famille entière se réunisse autour de lui l’air surpris.

Lorsqu’il finit de chanter, il leur expliqua qu’il allait très bien et qu’il était ravi de rendre visite à son cousin à l’occasion du nouvel an. Le cousin en question fut ravi de cet honneur et proposa à son invité de choisir qui il voulait parmi ses esclaves et ses concubines. Ce dernier en choisit une dizaine.

Ensuite, il lui ouvrit sa basse-cour pour qu’il choisisse ce qu’il lui plaisait. Il en fut ainsi. Enfin, il lui donna en mariage sa plus belle fille et il lui offrit tout ce qu’il possédait en meubles et nourriture en lui demandant de ne rien laisser. Le visiteur surpris et gêné, demanda à son hôte de lui épargner cela, mais en vain.

A la fin, le visiteur s’exécuta devant l’insistance du maître de la maison et prit tout ce qu’il y avait à l’exception du balai. Son oncle lui demanda alors de prendre le balai et de nettoyer la maison, d’où le nom de cette coutume.

Conclusion

C’est désormais à notre tour de perpétuer cette honorable tradition de nos parents. Maintenant que vous connaissez les tenants et les aboutissants, vous êtes désormais armés pour aller braquer rendre visite à vos cousins maternels dans la joie et la bonne humeur.

Dans de très rares cas, il arrive que l’on propose une femme en âge de se marier au visiteur ce qui n’est pas un problème si vous êtes célibataire. Quant aux hommes déjà mariés, je vous informe que Diakspora décline toute responsabilité en cas de propositions de mariage.

Wa salam

Redigé parBaba

18 Commentaires

  1. Sauane

    Wa aLayka salam Wa rahmatullah
    Jspr que tu va bien ainsi que la famille,

    Quelques remarques concernant l’article:

    [Maintenant, entrons dans le vif du sujet car je vous vois déjà venir avec la fameuse question : quelle est donc la source de cette tradition ?
    Ne vous inquiétez pas la Diakspora a fait ses recherches sur le sujet.

    Une tradition Sarakhollé et Diakhanké
    Extraits de l’ouvrage Al-kanz Al awfar (Le trésor le plus précieux) écrit par Elhadj Banfa Diaby de Touba :
    Il était coutume que chez les sarakhollés et diakhankés que les cousins paternels rendent visite à un cousin maternel à l’occasion du nouvel an de l’hégire.
    Cette coutume a été établie par deux anciens habitants d’un village (sarakhollé et diakhanké). L’un deux était richissime et il reçut un jour la visite d’un de ses cousins maternels. Ce dernier était venu, à l’occasion du nouvel an, avec des morceaux de bois sur la tête qu’il déposa dans la cour de la maison. Il se mit alors à danser et à chanter jusqu’à ce que la famille entière se réunisse autour de lui l’air surpris.]

    Remarque 1 :
    Concernant le fait que l’on te demande la source d’une action ou d’une coutume, cette source doit être:
    – Soit un verset coranique
    – soit un Sounnah prophétique
    – soit un consensus des compagnons
    Donc ne rentre pas dans cela ce qu’auraient fait un ou plusieurs parents peu importe son époque par rapport à la notre.
    La première personne ayant agit ainsi si elle s’est basé sur les textes incitant à la sincérité, l’aumône la générosité la fraternité ect.. In cha Allah son action est acceptée, mais que les gens après lui prennent cet épisode pour en faire une coutume à un moment précis avec des personnes précises de façon précise, tout ses points nécessite une preuve.

    Remarque 2:
    [Cette tradition n’est pas issue du Coran ou de la Sunna. Cependant, elle répond à une injonction fondamentale dans l’islam qui est l’entretien des liens de parenté]

    Il est vrai que lier le miens de parenté compte parmis les nobles adorations, mais là où le fitaro vient contredire la Sounnah:
    -le fait que la personne qui part rendre visite, sera renté de le faire pour un intérêt mondain et non pour obtenir la récompense d’Allah ou son agrément,
    ou alors qu’il soit sincère mais convoite également l’aumône, cela diminue la récompense de la sincérité.
    Or on sait que les actes ne valent que par l’intention.
    -le fait que la personne visité se sentira obligé de donner même si elle se trouve dans un état de pauvreté plus grande que la personne qui lui rend visite. Il se peut même qu’elle donne cette aumône à contrecœur, pensant que cette coutume l’oblige religieusement à donner.
    -le fait que si une personne à qui on a rendu visite pour de réelles raisons de précarité venait à s’excuser en disant à son hôte désolé je n’ai rien à donner, l’hôte penseant que son droit ne lui a pas été accordé pourrait repartir en ayant de l’inimitié et de la rancoeur contre ce cousin. Il se réalisera alors là l’inverse de se qui est demandé en islam concernant les liens de parenté.
    -le fait que la personne qui donne cherchera par la suite à montrer au reste de la famille qu’elle a accompli cette fameuse coutume.
    Ect ect parmis les méfaits que cette coutume peut engendrer.

    A rappeler que Les conditions d’acceptation des œuvres en islam sont :
    -La sincérité (ne rechercher que la satisfaction d’Allah)
    -le suivi (la conformité à la Sounna du Messager d’Allah صلى الله عليه و سلم)

    Réponse
    • Maoudé T

      Très bon article sur cette magnifique tradition.

      Réponse
  2. Sambou fatoumata

    Topissime fier d’être djaks

    Réponse
  3. Baba<span class="bp-verified-badge"></span>

    Salam Aleykoum,

    Je te remercie pour tes remarques qui permettent d’alimenter la réflexion sur le sujet.

    1/
    Il est clairement mentionné qu’il s’agit d’une tradition Diakhanké et Sarakhollé. C’est pourquoi, il est évident que l’on ne trouve aucun texte qui le mentionne dans le coran ou encore dans la Sunna. Il me semble que je n’ai manqué de l’écrire dans cet article.
    Les tenants et les aboutissants de cette coutume sont énoncés de manière claire :
    • Raison : renouer, préserver et tisser des liens avec la famille maternelle
    • Contexte : nouvel an musulman

    2/ Les éventuels méfaits et dérives que tu cites sont dus à la coutume ou aux comportements ainsi qu’à leur intention ? « Je pense que la question est vite répondue », lorsque l’on se penche sur les enseignements de la coutume et les valeurs qu’elle véhicule.

    Si dérives, c’est le comportement et les agissements des personnes en question qu’il faut condamner et non la coutume en elle-même qui subsiste depuis plusieurs siècles. Si cette dernière ne respectait pas les principes de la religion, c’est une multitude de savants parmi les diakhankés qui l’auraient abrogée.

    Bien à toi,

    Baba

    Réponse
    • Sauane

      Wa aLayka salam Wa rahmatullah

      Naam on est d’accord sur le fait que cette tradition n’est tirée ni du coran ni de la Sounnah.
      Mais même si c’est une tradition diakhanke elle doit tout de même être pesée sur la balance du coran et la Sounnah afin d’en connaître le jugement religieux.
      Tu dis : « Les éventuels méfaits et dérives que tu cites sont dus à la coutume ou aux comportements ainsi qu’à leur intention ? « Je pense que la question est vite répondue »
      Je dis :
      Tu ne te concentre que sur certains aspects de cette tradition en ignorant beaucoups d’autres, sinon tu verrais que la question n’est pas si vite répondu que ça
      Les méfaits -certains- et non éventuels sont directement belle et bien lié à la tradition elle-même, et pas seulement au comportements ou à aux intentions :
      Ex: si j’installe une coutume visant à donner 10€ à chaque personne venant prier à la mosquée en prétextant que je vise par cette tradition l’incitation de la prière en commun, ce qui répond à une injonction fondamentale dans l’islam; il y une forte probabilité que beaucoup de personnes seront motivé à venir soit seulement pour l’argent soit pour obéir à Allah et en même temps pour l’argent ce qui est totalement contraire à la sincérité, ou bien la diminue.
      Mais la cause qui aura fait perdre la sincérité des gens sera cette tradition.
      Donc a partir du moment où la tradition consiste à donner des aumônes à celui qui vient visiter, elle sera elle même responsable du manque de sincérité des gens.

      Les méfaits que j’ai cité sont celles liés directement à l’intention et la sincérité car elle est là basé pour l’acceptation des oeuvres; mais il y’en a bien d’autres :
      Un point important à comprendre c’est qu’en islam si une chose comporte des bénéfices et des méfaits, si les méfaits l’emportent sur les bénéfices alors c’ette chose devient interdite, comme dans le verset concernant le vin.
      Parmis les méfaits directement dû à la tradition elle même :
      -La tradition veut que l’on nom ses cousin marigui se qui signifie aussi seigneur en diakhanke(en arabe ّرب Rabb), or le prophète صلى الله عليه و سلم a interdit cela, il ne convient pas d’appeler autre qu’Allah en ce terme.
      Il y a donc dans cela une désobéissance au prophète صلى الله عليه و سلم.

      -Le fait que des homme mettent des habits de femme et inversement, or le prophète صلى الله عليه و سلم a maudit ceux qui agissent ainsi.

      -le fait que la personne qui visite simule le fait d’être dans le besoin et d’avoir faim (la plupart du temps à tord) or cela sera considéré comme étant du mensonge, donc un péché parmis les grands péchés. Le prophète صلى الله عليه و سلم menace de l’enfer celui qui ment pour faire rire les gens.

      -le principe de la tradition bien que sa forme sois maquillé est en réalité de la mendicité, même si on lui donne un autre nom; ce qui vient contredire ces 2 Hadith :

      – Selon ‘Aly رضي الله عنه, le prophète صلى الله عليه وسلم a dit : « Celui qui demande quelque chose alors qu’il a de quoi se contenter, ne fait que rassembler des pierres chauffées du feu.” 
       – Alors ils dirent : Et quel est la quantité dont il se contente ? Il dit : ” Ce qui lui suffit pour son diner.”

      Le prophète صلى الله عليه وسلم a dit : 
       “Celui qui réclame alors qu’il possède ce qui lui suffit, viendra le jour du jugement le visage griffé et balafré.” Et ils dirent: Ô messager d’Allah! Et quelle est la quantité qui lui suffit ? Il: “Cinquante dirhams d’or.”

      Puis il y’a d’autre méfaits il se peut que tu me disent cela n’est pas dû à la coutume, mais se sont les gens qui font cela d’eux même; mais c’est en ouvrant la porte à cette tradition que d’autres choses blâmables en on decoulé.
      Tel que les femmes qui se filment en train de danser puis propagent cela sur les réseaux sociaux, l’ostentation qui en découle car beaucoup donne pour le regard des gens

      Je te recommande de voir les 2 vidéos du frere Ousman Diaby sur le sujet, il a détaillé pas mal de preuves sur plusieurs aspect de cette tradition.

      https://youtu.be/r_IivTPxdN8
      https://youtu.be/0qk5MLd-Trc

      Qu’Allah nous préserve

      Réponse
      • Aïssatou D

        Super article! Merci beaucoup.

        Réponse
  4. Fat

    Inspirant !
    Comme d’hab bonne qualité d’écriture et le nécessaire est dit de sorte à éviter les contre sens bravo à vous.
    Ps:mes moments préférés dans ma lecture de vos article, c’est quand vous mettez des commentaires en Djaks, ahah c’est marrant comme on a pas la même manière d’orthographier les mots mais j’aime trop 😂 big up continuez les transmissions c’est top !

    Réponse

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